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Permettre au jeune de devenir le citoyen de demain
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Permettre au jeune de devenir le citoyen de demain

07/04/2025

« Ce qui me plaît est de permettre au jeune de devenir le citoyen de demain »

Vincent Chambon est directeur des Maisons et Ateliers de Courbevoie, un établissement qui accueille des jeunes de 13 à 21 ans, confiés par l’Aide sociale à l’enfance (Ase), dans le cadre de la Protection de l’enfance. Il revient sur son parcours et sur les spécificités de son domaine éducatif.

Comment avez-vous découvert la Protection de l’enfance ? J’ai fait une licence de psychologie et un stage en Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ) m’a donné envie d’être éducateur spécialisé. J’ai débuté en Assistance Educative en Milieu Ouvert et en Aide Educative à Domicile (AED), deux mesures d’assistance ordonnée en Protection de l’enfance. Puis j’ai travaillé auprès de jeunes autistes, avant d’intégrer la Fondation en 2005 au foyer de Courbevoie, lequel n’accueillait ou n’accompagnait alors que 14 jeunes filles en internat, 10 dans le service appartements et 8 en familles d’accueil. 

Pourquoi être devenu chef de service puis directeur ? Mes responsables m’ont proposé ces formations, je me suis dit que j’en avais les capacités et que cela m’intéressait de continuer en Protection de l’enfance dans un autre registre, tout en restant en contact avec le terrain. Le plus important est la posture que l’on adopte : que veut-on incarner pour les jeunes et les familles et quelle dynamique veut-on impulser dans ce cadre ? Si l’on se sent légitime, on est très vite légitimé par ses équipes. Dans notre petite structure, les places de chacun étaient clairement définies et les liens professionnels étroits. Cela a contribué à ma formation.

En quoi consiste la mission éducative en Protection de l’enfance ? L’accompagnement est global quel que soit le cadre (Maison d’enfants à caractère social (Mecs), AEMO…). Pour cela, nous construisons le parcours du jeune avec sa famille et sa famille élargie, son école et l’insertion professionnelle, l’inter secteur : soignants, médecins, psychologues et psychiatres. Nous sommes garants, surtout en Mecs, du parcours de l’enfant que nous accueillons, observons, avec lequel nous engageons un travail à long terme et tissons un lien de confiance. Nous incarnons le quotidien dans la continuité.

Tout en participant à restaurer les liens familiaux ? Oui et même si c’est possible à construire un retour en famille. C’est la priorité. Même si une famille n’a pas de droits d’hébergement mais des droits réservés (appels et visites médiatisés), elle reste la famille de l’enfant. L’enfant l’aime et une famille maltraitante aime son enfant. C’est avec ce matériau que nous travaillons : comment accueille-t-on le parent ? Comment l’éducateur-famille ou le référent, avec la psychologue, entendent-ils l’histoire de la famille, la place de cet enfant ? A partir de là et de ces liens que nous tissons, nous pouvons réinstaurer des visites médiatisées ou des temps à domicile.  

C’est sans doute parfois très difficile… Ce qui compte c’est le jeune : personne n’existe en dehors de son histoire familiale et il faut obligatoirement composer avec elle. Le parent est responsable d’un acte mais ne doit pas le porter toute sa vie s’il évolue et change. S’il se remet en question, on peut parvenir à un retour à la maison. Mais nous sommes aussi soumis à la difficulté d’accepter que cela ne fonctionne pas. A nous d’accompagner le jeune à cette acceptation et à sa propre restauration dans un parcours de résilience. Pour l’éducateur, cela suppose aussi d’être au clair avec sa propre histoire.

Quelles sont les embûches ? Et les outils d’aide ? Le temps. En Mecs, le quotidien avec des jeunes en difficulté est très exigeant. Un éducateur est parfois mis à l’épreuve par une jeune qui l’insulte devant un groupe. Il doit pouvoir compter sur son équipe, la psychologue, son chef de service et son directeur. 

Le bien être des équipes est essentiel : présence, écoute, temps de recul et de formation pour les éducateurs. La psychologue est disponible si besoin pour parler. L’analyse des pratiques est très importante, encadrée par un professionnel. J’ai inscrit ces GAP (groupes d’analyse des pratiques) dans le budget de l’établissement. 

Quelles qualités sont requises dans ce métier ?

Il faut être capable d’absorber la violence et les passages à l’acte du jeune. Avoir de l’empathie pour lui mais sans trop de proximité : trouver la bonne distance. Être juste. Savoir poser une sanction éducative mais continuer à accompagner. Pour en somme offrir au jeune ce qu’il n’a pas reçu de sa famille, et apporter une fonction parentale tout en laissant une place au parent. Sans s’interdire de témoigner de l’affection, du maternage, du holding au sens de Winnicott. Chaque éducateur est traversé par l’émotion, la tristesse, la colère. Mais ce ne sont pas nos enfants. Les jeunes que nous accueillons ont cette spécificité de voir nos failles, de rechercher nos limites. Ils exploitent nos ambiguïtés, nos paradoxes : tel éducateur m’a autorisé cela, pourquoi tu me le refuses ? Il faut se faire confiance entre collègues, ne pas contredire un autre professionnel devant un jeune. 

Le plus important est donc d’élaborer en équipe ? Il faut tout se dire, comme dans une famille, pour éviter les tensions.  Et poser des règles souples mais précises : l’heure des repas, du lever, des tâches à faire, les devoirs avant telle heure… Un jeune déscolarisé doit se lever, venir à table douché, car l’objectif est  son insertion. Cela nous demande de sans cesse nous interroger, en équipe, pour l’aider à évoluer. Et aussi d’innover, et que les jeunes soient accueillis par les anciens et puissent apporter de nouvelles idées. 

Par exemple ? La cheffe de service a ainsi noté que les jeunes du service appartements renforcé avaient du mal à venir au pavillon ressource pour les ateliers proposés (scolaire, coach sportif, diététicien, budget..). Ce sont des jeunes parfois déscolarisés depuis des années, qui ne travaillent pas et avec lesquels il faut reconstruire un cadre. Plutôt que d’imposer des règles rigides, la psychologue et les éducateurs ont décidé d’aller vers eux, en réalisant des entretiens à domicile. Une fois la relation établie, ils viennent aux ateliers.  

Il faut être innovant : une éducatrice organise ainsi des balades en forêt avec son chien. Le jeune n’a pas envie de parler mais accepte cette promenade, la relation se met en place. En Conseil de la Vie Sociale, nous avons également proposé aux jeunes de construire une définition des sanctions. Ce sont eux qui ont édicté leurs propres règles : tu casses un objet dans ton appartement, tu le payes ; tu ne viens pas à une sortie qu’on avait réservée pour toi, tu la rembourses, etc. 

Qu’est-ce qui vous motive ? Le fait de pouvoir, par notre travail permettre au jeune de devenir un citoyen. Nous organisons des atelier pair-aidance en appartement où des jeunes viennent raconter leur expérience de placement : ce qui a été dur dans ce cadre, comment ils ont éprouvé les règles et les sanctions, mais comment aussi grâce à elles, ils peuvent aujourd’hui vivre seuls, sans éducateurs. 

Je ne suis pas là pour me lamenter sur ce que le jeune a vécu. Ni pour le juger, lors de ses passages à l’acte, mais pour lui montrer qu’avec lui, on peut continuer ou réaliser des choses, avec ou sans sa famille. Il faut être hors jugement dans ce métier. Certains ont vécu des actes violents, des abus sexuels, seule la justice peut juger ces actes. C’est une profession passionnante mais qui demande beaucoup d’énergie. Et il faut bien le dire, les éducateurs sont trop peu reconnus. En tant que directeur, je me dois de les soutenir dans leurs projets pédagogiques, de trouver des solutions pour maintenir leur engagement.

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