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Faites entrer le candidat
19/02/2026
Aux Ateliers de Chinon, les travailleurs participent au recrutement des professionnels qui vont les encadrer. Une démarche participative d’autodétermination.
« J’ai beaucoup aimé cette approche et cette première rencontre avec les travailleurs. Cela a été le moment le plus riche de la journée, à rebours des recrutements traditionnels ! », salue Pierre Cottier, nouveau chef d’atelier Espaces verts et Environnement à l’Esat de Chinon. Voici quelques semaines, il s’est présenté devant la commission recrutement de l’établissement, constituée d’un groupe de travailleurs, élus au Conseil de la Vie Sociale (CVS) ou délégués des travailleurs.
Les membres du petit groupe se sont concertés au préalable pour rédiger une série de questions, qu’ils lui ont posées comme à tous les candidats : « « Quel a été votre parcours ? Quels sont vos diplômes et Certificats d'aptitude à la conduite en sécurité (Caces) ? Prenez-vous le temps de réexpliquer dans le calme ou êtes-vous du genre nerveux ? Quelle serait votre réaction en cas d’accident : prévenir les secours ou protéger l’équipe ? Nous avons eu envie de réfléchir en amont à nos questions, suite à un premier entretien moins bien préparé. C’est important parce que c’est un moment un peu impressionnant », livre Kelly Maspeyrot, travailleuse à l’Esat.
Valoriser la parole des travailleurs
« Une fois de plus, les travailleurs m’ont bluffé, témoigne Richard Guérin, directeur du Pôle Autonomie Léopold Bellan du Chinonais. Lorsque l’on ouvre les possibles, ils s’en emparent et font preuve de compétences parfois insoupçonnées. » Richard Guérin a assisté aux entretiens aux côtés du chef d’atelier, à la demande des travailleurs : « Nous avions prévenu que nous n’interviendrions pas. Ils ont imaginé des mises en situation : comme une situation complexe avec un travailleur refusant une tâche, pour sonder la réaction du candidat. C’est un moment très intéressant où l’on observe la posture du candidat et sa juste proximité avec le travailleur. » « Ils n’ont pas hésité à me relancer avec pertinence quand la réponse ne leur convenait pas tout à fait », remarque Pierre Cottier.
« Nous faire participer au recrutement, cela veut dire qu’on a de la valeur. Le directeur essaie de nous faire progresser, on sent que notre parole compte. » Eric Lebal, travailleur dans l’atelier Espaces verts EV
L’idée de cette pratique professionnelle, inédite à la Fondation, s’appuie sur les échanges avec le Gapas. L’organisme gestionnaire a déjà expérimenté ces recrutements participatifs et animé plusieurs formations sur l’autodétermination auprès des directeurs de la Fondation, axe fort inscrit dans les orientations stratégiques.
Au-delà, l’envie est d’inclure le plus possible les travailleurs dans le travail de l’Esat et son activité économique. En informant les équipes au maximum sur les stratégies et décisions commerciales, sur les bilans financiers des différents ateliers : « nous les incitons à participer, à apprendre à lire et contester un devis auprès du chef d’atelier… Pouvoir maîtriser ces éléments des commandes et de leur travail est valorisant. Lors d’un chantier, les moniteurs prennent des temps pour que chacun fasse son retour d’expérience : qu’est-ce que j’ai fait aujourd’hui ? Comment j’ai participé dans l’équipe ? »
Une valorisation du travail des personnes accompagnées, trop peu souvent reconnu : « C’est important que nous soyons associés, apprécie Fabrice Guichard. Que nous sachions où va l’argent et les investissements. C’est notre outil de travail et de plus, nos mandats d’élus font que nous devons communiquer les résultats aux autres travailleurs. »