Pour célébrer les infirmières lors de la journée internationale consacrée à leur profession -mardi 12 mai, nous avons rencontré trois d’entre elles. Nathalie Brenot, Virginie Bagala et Morgane Clees travaillent au Pôle autonomie de l’Essonne et à l’Hôpital de prévention et de réadaptation de Chaumont-en-Vexin. Elles nous ont raconté leur parcours et le quotidien de leurs missions variées.
Auprès des jeunes, à mi-chemin entre le soin et l’éducatif
Après une première vie professionnelle de juriste à la Sécurité Sociale des Indépendants, Nathalie Brenot a accompli une reconversion professionnelle : « C'était un peu une envie de jeunesse, je voulais être éducatrice spécialisée au départ. Aujourd’hui, je me sens à ma place en travaillant auprès de jeunes puisque mon poste de soignante comporte une grande part éducative. » Nathalie est l’infirmière de l’IMPro de Vayres-sur-Essonne qui accueille 85 jeunes de 12 à 20 ans, porteurs d'une déficience intellectuelle, avec ou sans handicap associé : « je n’étais pas tentée par l’exercice libéral, ni par les soins techniques et l’univers hospitalier. J’aime le quotidien auprès des jeunes, les soins relationnels et l'éducation à la santé. » Une partie importante de son métier est la préparation des piluliers en lien avec la gestion de renouvellement d'ordonnances et donc du suivi médical des jeunes qu’elle accompagne parfois en rendez-vous : « Pour ces jeunes, le plus compliqué est le manque de consultations spécialisées avec des professionnels formés au handicap. Je pense notamment à la gynécologie – il existe des centres adaptés avec des sage-femmes formées – et aux soins dentaires qui peuvent être très compliqués, notamment pour les jeunes souffrant de troubles autistiques. »
Nathalie Brenot s’est impliquée dans plusieurs ateliers d'éducation à la santé pour lesquels elle a suivi une formation. Ces ateliers sont animés en binôme disciplinaire : Paroles d'ados, animé avec les éducateurs est un espace d’échange sur la vie relationnelle, affective et sexuelle ; l’atelier hygiène de vie avec la psychomotricienne et l’atelier de santé bucco-dentaire avec une éducatrice…Elle assure également les campagnes de vaccination (grippe, covid, herpès, papillomavirus…). « J’apprends tous les jours. Je ne connaissais pas le travail auprès des jeunes et pensais devoir travailler ma patience, mais pas du tout en fait ! J’ai eu l’occasion de partir avec des groupes en transfert et ai beaucoup apprécié de découvrir les jeunes autrement. Je saisis toutes les occasions pour échanger avec les éducateurs qui les connaissent bien. Cela aide aussi à prendre du recul face aux situations douloureuses – sociales, familiales, et à pouvoir bien les accompagner. »
Auprès des patients, un rôle de coordination
Après des expériences en médecine gériatrique, Morgane Clees travaille depuis 6 ans à l’Hôpital de prévention et de réadaptation de Chaumont-en-Vexin, qui accueille des patients présentant des traumatismes, des amputations, suite à un AVC, ou encore des patients en détresse respiratoire, soit un public diversifié en pathologies et âges. Sa collègue Virginie Bagala a travaillé en centre de rééducation auprès d’adolescents, en cardiologie puis comme infirmière libérale. C’est lors de cette période qu’elle a réalisé des vacations à l’HPR : « J’ai eu envie de réintégrer une structure, de retrouver une équipe pluridisciplinaire, d’envisager le soin autrement et de pouvoir encadrer des élèves infirmières. »
Toutes deux travaillent en hospitalisation complète en journée et certains week-ends : « Nous réalisons certains soins techniques et administrons les médicaments mais il ne s’agit pas de patients en phase aiguë, nous pouvons prendre le temps de l'écoute du patient, apprécie Morgane Clees. Nos journées de 12 heures sont longues mais diversifiées et elles permettent, justement, de bien suivre le patient. De prendre le temps de résoudre un problème : une douleur persistante, un rendez-vous avec le bon professionnel pour faire évoluer sa prise en charge…Nous sommes centrales pour transmettre et coordonner. » ; « Nos patients arrivent patients en détresse cloués dans leur lit, ayant perdu l’estime d’eux même, pensant qu’ils ne vont jamais y arriver. Ils vont évoluer très favorablement avec l’aide des professionnels de santé. Quand je les vois marcher avec leurs prothèses et leurs deux béquilles, un sourire jusqu’aux oreilles et plein de reconnaissance, cela me touche beaucoup. Nous travaillons dans des services positifs », poursuit Virginie Bagala.
Morgane Clees
Une place de pivot
Ce rôle central de coordination s’exerce à plusieurs niveaux. Auprès des patients « je suis la première personne que le patient vient trouver lorsqu’il n’est pas bien et je vais l’orienter », mentionne Virginie ; auprès des nombreux soignants : « les aides-soignantes en premier lieu avec lesquelles nous travaillons en confiance » , et tous les autres : ergothérapeutes, kinésithérapeutes, enseignants en éducation physique adaptée, diététiciennes, orthophonistes, neuropsychologues, assistante sociale, médecins, pharmacie, prothésistes, brancardiers… « Nous communiquons facilement, réussissons aisément à trouver le bon interlocuteur et sommes écoutées dans nos observations et nos propositions ».
« Un matin à mon arrivée, une patiente me dit avoir décidé de partir parce que les soins reçus ne correspondaient pas à son attente : elle souhaitait de la balnéothérapie. Toute la journée, j’ai cherché à y remédier et en milieu d’après-midi, je vois ma patiente venir vers moi, en peignoir, avec une place en balnéo. Ce sont nos victoires quotidiennes. » Virginie Bagala
Auprès des familles enfin : « nous sommes un peu la personne référente parce que parce que le médecin est plus rarement disponible et que les proches rencontrent peu les rééducateurs. C’est à nous d’apporter l’espoir, de communiquer sans dévoiler les diagnostics ou les informations médicales du patient, mais nous nous devons d’être là pour les familles et de porter un message positif ».
« À l'époque, je soignais en libérale une patiente dont la plaie au niveau du pied ne cicatrisait pas, il fallait l’amputer. Elle hésitait beaucoup, me demandait conseil. Je lui ai dit que je ne pouvais décider à sa place, mais qu’elle souffrait beaucoup et ne pouvait se déplacer... Et aussi que je connaissais un lieu où elle serait bien prise en charge…En arrivant à l’HPR, je l’ai retrouvée. Elle avait décidé de l’opération. Elle était soulagée et a retrouvé sa mobilité. Je l’ai recroisée plus tard : je ne vous remercierais jamais assez, a-t-elle exprimé. » Virginie Bagala