Le concours international de musique Léopold Bellan fête son centenaire en 2026. L’occasion de revisiter son histoire et d’interroger son évolution, toujours fidèle à l’inspiration de son créateur philanthrope : une action laïque et républicaine en faveur de l'égalité des chances pour toutes et tous.
En 1926, Léopold Bellan fait montre à nouveau de son engagement en faveur de la culture comme facteur d’égalité des chances, d’accès à l’instruction et d’épanouissement. Il lance un concours de musique et de théâtre à son nom, qui reste aujourd’hui le plus ancien et le plus grand concours musical français encore en activité, de par le nombre de ses candidats. Plus tôt, dès 1884, il a créé le patronage laïc "Ménestrels de Paris", devenu en 1894 : "Société d'enseignement moderne pour le développement de l'instruction des adultes" (Semdia) – ancien nom de l’Association Léopold Bellan – active dans l’accueil et l’accompagnement des personnes fragiles, dans l'éducation populaire… dont la pratique d'activités culturelles.
Novateur et structurant
« Lorsque le concours a été créé, le réseau des conservatoires français n’existait pas, contextualise Hélène Berger, directrice du concours. Ces épreuves constituaient donc un moyen, pour tous ceux qui faisaient de la musique en cours particulier, de faire évaluer leurs compétences une fois par an. C'était vraiment « le concours des concours » qui réunissait jusqu'à 5000 candidats. Les prix étaient remis à la Sorbonne par le Président de la République. » La pianiste concertiste et professeure, également directrice du Cap Ferret Music Festival, étroitement lié au Concours Bellan, ne parle pas moins que de « sens du devoir » à propos de la motivation qui l’a guidée à reprendre les rênes de l’organisation : « Le concours a périclité doucement avec le développement des conservatoires, des orchestres régionaux, des classes à horaires aménagés, à partir de la fin des années 1960, sous l’impulsion du compositeur Marcel Landowski, missionné par André Malraux. Mais Léopold Bellan avait créé un dispositif unique, témoignant de ses valeurs humanistes, défendant la culture, musicale notamment, non comme un objet de consommation mais comme un facteur d’évolution sociale. J’ai souhaité m’engager pour perpétuer cet esprit, tout en modernisant l’organisation de l’évènement. »
27 disciplines instrumentales représentées
En 2012, le conseil d'administration de la Fondation Léopold Bellan confie donc la direction du concours à une gestion associative autonome, Lancer d’Art (1). Celle-ci redynamise l’organisation des épreuves : les programmes imposés sont supprimés et le registre musical s’ouvre, pour retrouver le côté un peu plus populaire du concours, qui s'était recentré essentiellement sur la musique classique (2). De nouvelles disciplines s’ajoutent aux différentes catégories primées, suivant l’évolution culturelle de la société : musiques traditionnelles, jazz, accordéon, ensembles vocaux, composition, accompagnement au piano… En 2021, est relancée la comédie musicale, avec Rabah Aliouane en jury (directeur de casting le Roi Lion, Cats…) et en 2023 la section « musique de films ». La même année, le concours est réouvert aux juniors avec 6 catégories d’âge.
1 Hélène Berger, Federico Fait, Rémi Guillard et Françoise Perenchio en sont les fondateurs.
2 Un roulement cordes/vents a lieu en alternance et en raison du caractère bénévole de l’organisation, toutes les disciplines ne peuvent être présentes chaque année.
3 Sensibilisé aux valeurs historiques et artistiques du Concours, le Groupe LVMH a apporté en 2025 un premier soutien financier au fonctionnement de son association afin de renforcer son action en préparation du centenaire en 2026.
« Servir la musique, servir la culture, donner l’espoir et aider à réaliser une œuvre culturelle et sociale d’envergure. Tel est l’objectif du Concours Bellan depuis 1926, pour contribuer à un monde meilleur, dans l’esprit de son fondateur et de celles et ceux qui ont accepté de poursuivre son œuvre. »
Perpétuer l’esprit du concours
Le concours est international et bien sûr, c’est le niveau des candidats qui est apprécié. Mais ne se présentent pas que des virtuoses : « nous auditionnons également beaucoup de jeunes musiciens français parfois autodidactes, souligne Hélène Berger. Ils ne gagnent pas forcément mais nous les soutenons (1) pour que leur formation s'améliore et pour leur donner leur chance. Certains ne viennent pas d’un milieu privilégié, n’ont pas été stimulés et poussés dès leur plus jeune âge, condition idéale pour devenir musicien concertiste. Ils peuvent rencontrer la musique plus tard, à l’adolescence ou en découvrir la dimension à la fois humaniste et spirituelle sur la transformation du public. Cela a été mon cas à 16 ans pendant un concert de Yehudi Menuhin…C’est cette ouverture des possibles qui nous motive. Beaucoup d'anciens lauréats au profil atypique ont été récompensés par la suite aux Victoires de la musique et ont réalisé des carrières absolument remarquables. »
Donner en retour
« Nous veillons à ce que les lauréats soient sensibles aux valeurs humanistes, n’aient pas pour seule ambition de devenir une star mais aussi l’envie de donner d’eux-mêmes. » La convention avec la Fondation prévoit qu’en échange de leur prix d'honneur, les lauréats (2) offrent un concert à l’un des établissements de la Fondation. Une tradition fragilisée par le covid mais désormais relancée comme en témoigne une série de concerts tout au long de cette année placée sous le signe de la culture dans les établissements de la Fondation : Ateliers de Verneuil-en-Halatte et de Créteil, Pôle autonomie de l’Essonne et de Noyon, Pôle médico-social de Montesson, Pôle gérontologique de Magnanville et de Tours, … « Ce sont de très beaux moments de partage musical, témoigne Hélène Berger. Il se dégage une très grande réceptivité du public, notamment de la part des personnes accompagnées. Nous souhaitons répondre au maximum aux demandes des établissements en sollicitant, outre les prix d’honneur, les seconds prix et/ou des personnalités qui nous ont paru touchantes, intéressantes, motivées. » Les finales du concours, dans les différentes catégories, sont également ouvertes au public et donnent lieu à des prestations musicales excellentes.
1/ Bourses avec logement et cours pour bénéficier de cours, concerts, invitations dans des festivals et académies internationales, passerelles avec d’autres grands concours étrangers multidisciplinaires.
2/ Il existe 10 prix d'honneur dotés chacun de 1000 €.
Théâtre De grands artistes français à la carrière internationale ont remporté le concours, à leurs débuts : Katia et Maria Labèque, Olivier Messiaen, Michel Legrand, Barbara, Michel Polnareff, Alexandre Tharaud... Pendant longtemps, une épreuve de théâtre a valorisé les jeunes comédiens et récompensé des acteurs devenus célèbres comme Claude Piéplu ou Jean-Laurent Cochet. La direction a choisi de se concentrer sur la musique « moyen d'épanouissement et de communication directe avec le public qui ne passe pas par les mots mais par le cœur et peut se jouer partout dans le monde », estime Hélène Berger.